Régler un conflit

Les couples ont tous déjà vécu des conflits à un moment ou l’autre de leur relation. Mais la plupart du temps, les deux partenaires ne reviennent pas sur leurs disputes pour tenter de les régler. Ils essaient plutôt de les mettre derrière eux, comme si elles n’avaient pas eu lieu et ce, jusqu’à la suivante. Et s’ils en reparlent, c’est surtout pour en accuser l’autre ou pour se défendre, ce qui entraîne souvent un autre escalade entre eux.

Les couples constatent par eux-mêmes que, même s’ils se chicanent sur de petites niaiseries, ils n’arrivent pas à résoudre leurs querelles. Aussi augmentent-elles avec le temps en fréquence et en intensité. Les deux conjoints viennent alors en thérapie conjugale et reconnaissent vite qu’ils n’ont pas appris dans le passé à les gérer autrement. La thérapie est pour eux l’occasion de développer des outils qui leur serviront à y apporter des solutions satisfaisantes.

1ère étape : se donner rendez-vous pour en discuter

Lors d’un conflit entre deux individus, il en y a toujours au moins un des deux qui est très en colère contre l’autre. Dans un tel cas, Il est quasi impossible de régler quoique ce soit entre eux. Ils se retrouvent en effet prisonniers d’une spirale qu’ils alimentent tous les deux de différentes manières : ils se coupent, se blâment, s’accusent, se défendent contre l’autre, ramènent le passé, se disent des paroles blessantes et parfois même se frappent. Aussi est-il nettement préférable pour eux de décrocher le plus tôt possible, avant de dire des choses ou de poser des gestes qu’ils regretteront par la suite. Une façon de le faire toute simple, quoique difficile, consiste à ce que l’un des deux partenaires demande à l’autre de cesser la « discussion » et qu’il propose d’en reparler 2, 12 ou 24 heures plus tard, alors qu’ils devraient être davantage en mesure de le faire. Il est nécessaire toutefois d’avoir au préalable une entente comme quoi si l’un d’eux demande une trêve, l’autre la respecte.

2e étape : se calmer

Ce délai de quelques heures devrait servir aux deux partenaires à se calmer, chacun de leur bord. Mais comme on dit, c’est plus facile à dire qu’à faire! Se demander de se calmer n’est pas toujours très efficace parce qu’on croit dur comme fer avoir raison d’être en colère contre l’autre. C’est pourtant au niveau cognitif que quelqu’un peut intervenir pour s’apaiser intérieurement. Il faut savoir ici que les exigences (les «il faut que tu…», «tu devrais…» ou «tu ne devrais pas…») non-remplies d’une personne par rapport à son conjoint sont directement à l’origine de sa colère contre lui. En fait, la personne se fâche parce que, selon elle, l’autre ne fait pas ce qu’elle veut ou, plus précisément, ce qu’elle exige de lui. Une manière parmi d’autres de se défâcher consiste alors à confronter ses propres exigences face à l’autre, en lui donnant le droit ou la permission de réagir comme il a réagi, de percevoir la situation à sa façon, d’avoir un rythme différent du sien ou de faire des erreurs comme pour tous les êtres humains. Pour que cette confrontation ait plus de poids, on peut la faire par écrit, en notant dans la colonne de gauche ses exigences envers l’autre et dans celle de droite, la confrontation de ses exigences.

3e étape : s’entendre sur la situation conflictuelle

Le danger à cette étape est de ne pas revenir sur le conflit, même si les deux partenaires se sont fixé un rendez-vous, à une journée et à une heure précises. Ils peuvent tellement craindre de se quereller à nouveau qu’ils préfèrent alors oublier leur rendez-vous. Mais il est possible de reparler d’un conflit de manière posée en évitant certains pièges, tout particulièrement celui d’en faire porter toute la responsabilité à son partenaire et celui de se justifier. L’échange devrait tout d’abord porter sur une définition de la situation conflictuelle : sur quoi les deux partenaires se disputaient-ils? Sur le retard de l’un d’eux? Sur le refus d’aller dans la famille de l’autre? Sur l’oubli de ramasser ses vêtement? Il est nécessaire cependant de retenir qu’un seul sujet, puisqu’il n’est pas possible d’en régler plusieurs en une seule fois. L’idée est de s’entendre sur une définition du conflit qui puisse être travaillée par les deux. La situation conflictuelle devient ainsi un problème à résoudre par les deux partenaires du couple.

4e étape : négocier des changements à apporter

Si les deux partenaires ne peuvent effacer une querelle qu’ils ont eue, ils sont peut-être capables cependant de s’organiser pour l’éviter dans le futur. Une façon de faire consiste à s’entendre sur des changements qu’ils peuvent apporter pour prévenir cette situation conflictuelle dans l’avenir. Ces changements doivent être concrets, petits et précis. La démarche pour décider ensemble des changements à faire consiste tout d’abord à ce que chacun énumère le plus grand nombre de solutions possible. Chaque solution consiste en un changement possible. Il est nécessaire que les deux partenaires fassent preuve de créativité. Ces solutions peuvent concerner un seul ou les deux partenaires. Même si le problème évoqué concerne un seul d’entre eux, il est préférable toutefois que les deux soient impliqués dans le changement. Une fois qu’une série de solutions auront été mises sur la table, les deux conjoints les commentent, i.e. qu’ils discutent des avantages et des inconvénients de chacune des solutions proposées. Enfin, ils négocient et se mettent d’accord sur une solution qui soit acceptable pour les deux. La solution retenue peut en être une proposée par l’un des conjoints comme elle peut être formulée à partir de deux ou trois solutions suggérées par l’un et l’autre. Elle peut donc être constituée d’un compromis. Ce qui compte, c’est que les deux conjoints la trouvent la plus satisfaisante possible. Il reste alors à se mettre d’accord sur la façon de mettre en œuvre la solution retenue.

5e étape : évaluer le changement

Après 2-3 semaines d’expérimentation, il est important d’évaluer la solution. C’est l’occasion pour les deux de se dire si cette solution est adéquate et satisfaisante pour chacun d’entre eux. En effet, il est possible que cette solution fasse naître encore une certaine frustration chez l’un ou l’autre ou qu’elle ait été la source d’un autre conflit. Si c’est le cas, les deux conjoints pourront apporter certaines modifications à cette solution pour l’améliorer ou reprendre au début le processus de résolution de problème pour en trouver une meilleure.

En somme, deux individus règlent un conflit lorsqu’ils cherchent ensemble à trouver, non pas un coupable, mais des moyens concrets et réalistes pour qu’il ne se reproduise plus dans le futur. Le processus, bien que simple en apparence, reste difficile à maîtriser. C’est un défi qui demande la collaboration des deux partenaires. Une démarche en thérapie de couple pourra d’ailleurs les aider à le développer et à l’appliquer adéquatement.

 Serge Tremblay, psychologue

 


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